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Abbaye d'Elne et pic du Canigou / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

Adam et Eve sur chapiteau du cloître / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

Baptème  sur chapiteau du cloître / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

Femme sirène tenant ses queues sur chapiteau du cloître / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

Aigles à tête d'homme sur chapiteau du cloître / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

Griffons sur chapiteau du cloître / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

Annonciation et visitation sur chapiteau du cloître / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

Homme tenant deux anneaux sur chapiteau du cloître / France, Languedoc Roussillon, Elne


France, Languedoc Roussillon, Elne

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Mérimée raconte :
Le Tech étant débordé, il nous fallut attendre quelques jours pour nous rendre à Elne. L'ancien nom de la ville est Illiberis; elle prit celui d'Elne, corrompu de castrum Helenœ, d'une forteresse que Constantin fit bâtir, et à laquelle il donna le nom de sa mère. Au commencement du XIIIe siècle, elle fut ruinée par les Français, puis complètement détruite au. XVe par Louis XI. On voit encore quelques portions de ses murailles, composées de petites pierres noyées dans le Ciment et revêtues de briques on de gros cailloux disposés en arête de poisson. Dans la partie inférieure du rempart on remarque une espèce de soubassement incliné, ou plutôt un second mur qui vient s'appuyer obliquement au rempart. Entre deux est un espace rempli de terre, dont la coupe représenterait un triangle. Suivant toute apparence, l'usage de cette construction était de retarder les travaux de sappe de l'assaillant.

Deux fois l'égide cathédrale, bâtie en plaine, avait été saccagée par les Sarrasins; pour éviter le retour de catastrophes semblables, l'évêque Bérenger jeta en les fondemens d'une nouvelle église dédiée à sainte Eulalie qu'il plaça sur la hauteur et dans l'enceinte du château. Malgré les réparations qui ont altéré son caractère, cette église offre encore un grand intérêt.

A l'extérieur, l'appareil est généralement composé de petites pierres noyées dans le ciment, et par places, de cailloux rangés en arrête de poisson. Probablement, ces différences doivent être attribuées à des restaurations plus ou moins anciennes. — La façade assez élevée, et qui se termine par un gable crénelé, est encadrée par deux tours carrées qui ne s'élèvent pas plus haut que lui. Cinq fenêtres étroites sont percées dans le gable, et leur sommet s'aligne sur ses corniches rampantes. On observe leurs archivoltes dessinées par des pierres noires qui tranchent avec la couleur des autres matériaux. D'autres incrustations semblables, disposées çà et là sur la façade, rappellent un style d'ornementation tout oriental, qui paraît s'être introduit de bonne heure dans le midi de la France.—La porte cintrée est revêtue de marbre grisâtre, d'ailleurs presque dépourvue d'ornemens.—Le plan de l'église est celui d'une basilique divisée en trois nefs. La voûte de la principale est une ogive à peine sensible, renforcée d'arcs doubleaux en plein cintre: celle des collatéraux est décrite par un quart de cercle, ou une portion d'ogive ; mais ses arcs doubleaux sont aussi en plein cintre , ainsi que toutes les arcades, excepté les deux premières à partir de la façade, qui sont en tiers point. On reconnaît là une restauration considérable, et la portion de voûte au-dessus de ces arcades porte des nervures croisées, tandis que le reste de la voûte est en berceau. Cette portion est en outre de cinq pieds plus basse que le reste. Bien que les cartulaires d'Elne ne fassent pas mention de cette réparation, il n'est pas douteux qu'elle ne soit fort postérieure à la construction primitive. M. de Passa la croit avec raison du XIVe ou du XVe siècle. Quant à l'autre partie de la voûte, rien n'indique qu'elle ait été refaite, et il faut la regarder comme appartenant à la construction primitive, à moins que l'on ne suppose que, dans le principe, l'église a été couverte seulement par un toit en charpente. Dans ce cas on pourrait, par analogie, la rapporter à la fin du XIIe siècle. Au reste, je le répète, l'ogive est à peine indiquée, et il se pourrait que sa forme indécise fut le résultat d'un accident ou de la maladresse des ouvriers(j).

(j)On dit que l'évêque Bérenger, au retour d'un pèlerinage à Jérusalem, apporta le plan de l'église du Saint-Sépulcre, et fit construire la basilique d'Elne sur le même modèle (Cailta X" , (om. yi, 1040). Mais il n'y a pas le moindre rapport entre les plans des deux édifices. Peut-être faut-il penser que la tradition , qui a conservé la mémoire d'une imitation orientale, a été infidèle en rapportant que cette imitation avait reproduit le plan général de l'église du Saint-Sépulcre. Ne pourrait-on pas supposer que la forme de la voûte seulement, aurait été copiée sur celle de l'église de Jérusalem ? — Je dois ajouter qu'au surplus il faut attacher très peu d'importance à ces traditions, fréquemment reproduites, et qui, dans une infinité de cas, n'ont d'autre origine que des fraudes pieuses, inventées pour donner plus de renom à certaines églises.

L'ornementation de l'église est très pauvre, comme celle de la plupart des monumens du XIe siècle.Les piliers lourds et massifs portent des colonnes engagées à chapiteaux grossièrement ébauchés, qui rappellent le galbe corinthien. Quelques moulures, un cordon de damiers autour des fenêtres de l'apside, voilà les seuls ornemens qui m'aient semblé du XIe siècle.

A la base du mur de l'apside, on remarque des ouvertures cintrées, semblables à des soupiraux, obstruées de pierres. Je ne doute pas qu'elles n'éclairassent une crypte, dont l'entrée est inconnue aujourd'hui. — Il paraît qu'on a voulu alonger l'église, car on remarque au-delà de l'apside les arrachemens d'une chapelle, qui n'a jamais été terminée, et qui m'a paru du XVIe siècle.

Le cloître attenant à l'église est d'une admirable élégance. Surchaque face, trois piliers carrés (non compris les piliers angulaires) supportent quatre grands arceaux, divisés chacun en trois arcades cintrées, par quatre colonnettes doublées. La voûte des quatre galeries est en ogive avec des nervures saillantes, croisées, qui d'un côté s'appuient sur les piliers, de l'autre sur les murs latéraux; colonnes, piliers et arcades, sont revêtus de marbre blanc. On observe une grande variété de formes dans les colonnes, dont le fut et les chapiteaux offrent comme un ensemble complet de l'ornementation du moyen-âge, depuis le XIIe jusqu'au XVe siècle , car il paraît évident que l'on n'a pas cessé de travailler à ce cloître pendant cette longue période. Toutes les ciselures ont été faites sur place, car çà et là on remarque des chapiteaux, des tailloirs ou des bases qui ne sont qu'ébauchés. D'ailleurs on a travaillé sans ordre et dans les quatre galeries à la fois. Il y a tel pilier qui présente sur chacune de ses faces des compositions de style différent, et qui n'ont pu être exécutées par des artistes contemporains. A côté de colonnes cannelées, nattées, imbriquées, de chapiteaux historiés, de bas-reliefs bysantins sculptés sur les architraves, on voit des chapiteaux à feuilles frisées, des moulures prismatiques, des statuettes où l'on peut reconnaître l'origine et le progrès de l'art gothique. Dans les bas-reliefs les plus anciens on distingue quelques traces de peintures, parfois des incrustations de verre ou de pierres de couleur, surtout dans les yeux des figurines. Une circonstance qu'il est important de signaler, c'est qu'à toutes les époques on a voulu imiter le style des parties les plus anciennes, et conserver ainsi l'unité d'ornementation telle qu'elle avait été conçue dans le plan primitif. — De la forme des voûtes il paraît résulter que le cloître n'a été couvert que quelque temps avant la cessation des travaux, car je ne crois pas ces voûtes antérieures au XIVe siècle.

Une porte ogivale, à voussoirs de marbre alternativement rouges et blancs, communique de l'église au cloître. Je la crois du XIIIe siècle au plus tôt. Sa ressemblance avec la porte de l'église de la citadelle de Perpignan est frappante. Toutes les deux indiquent des souvenirs de l'Orient apportés par les croisades, ou résultant du voisinage du Roussillon avec les pays occupés par les Maures.

Plusieurs inscriptions et quelques bas-reliefs sont encastrés dans le mur qui touche à l'église. On montre, entre autres, un morceau de marbre portant le monogramme du Christ, et un petit bas-relief, comme des fragmens du tombeau de Constans, assassiné à Elne par ordre de Maxence. Ce sont de ces traditions que je respecte.

Un autre bas-relief plus intéressant représente un évêque, les bras croisés sur la poitrine, entre deux anges, tenant des encensoirs. Sa mitre, très basse et échancrée par devant, est d'une forme très remarquable que je crois très ancienne. Le goût bysantin se montre dans les ajustemens, la robe et le manteau plissés à petits plis, avec quantité de broderies, de joyaux et de perles. A gauche, sur le fond, on observe les lettres suivantes: R. F. HOPA. DBIA. Du moins c'est ainsi que M. de Passa lit les caractères très bizarres de cette inscription, que quelques archéologues avant lui avaient pris pour des chiffres. L'étude qu'il a faite des caractères lapidaires, et sa nombreuse collection d'inscriptions du moyen-âge, me font adopter sa version, confirmée d'ailleurs par une tradition locale.

Quelques vieillards se rappellent en effet que dans leur jeunesse, tous les ans, après la Toussaint, on chantait une absoute devant ce bas-relief, et qu'on l'aspergeait ensuite avec du vin blanc. L'évèque qu'il représentait avait, dit-on, donné une vigne aux chanoines d'Elne, qui, par reconnaissance, ou par une clause de la donation, s'acquittaient régulièrement de cette cérémonie. M. J. de Passa pense qu'on doit interpréter ainsi cette inscription : Reddite, Praires, opéra debita. Rien n'est plus commun que de voir le mot opera précédé par un H.

M. de Passa me fit remarquer sur l'autel une inscription beaucoup plus lisible et bien plus intéressante; la voici avec son orthographe et ses solécismes :

« Anna LXIIII post millésime incar-
nationc dam mie a indicione Vil Reverentisi-
mus episcopus istius ecclesie Raimundus et Gaufredus
cornes simulque Avalais comitissa pariterqtte
homnibus hominibus istius terre patentes mediocres
atque minores inserant hoc altare in konorem Dominl
Nostri Ihesu Xrsli et martiris ne Virg'mis elus Eula-
lie edificare propter Deum et remedium animas illarum.


Ces mots , patentes , mediocres atque minores, ne semblent-ils pas indiquer trois ordres dans l'Etat ? Et de quelque manière qu'on les interprète, ne doit-on pas en inférer l'existence de communes dans le Roussillon, à une époque antérieure à celle où l'on place l'établissement de la première commune de France , celle de Laon, en 1112 (j)? L'autel était autrefois d'argent massif; ses chanoines, sous le règne de Louis XV, comme nous l'apprend une autre inscription, le firent fondre, de peur qu'il ne fût volé, et le remplacèrent par l'abominable autel qu'on voit aujourd'hui, et qui est un chef-d'œuvre de mauvais goût et de mesquinerie.

(j) La même expression se retrouve en lête des constitutions de Catalogne et dans les vieilles chroniques de Diago , Tomich , Montanez, Carbonell, etc. Raymond Bérenger-le-Vieux, comte de Barcelone, recueillit en code les coutumes latines, modifiées par les A'"isigoths et les Maures , et y ajouta encore d'autres lois ; ce nouveau code fut sanctionné, en 1068, par les différons ordres, patentes , mediocres atque minores.

La sacristie renferme un très ancien tombeau en marbre blanc, orné de rinceaux dans le style du Bas-Empire, découvert dans une fouille auprès de l'apside de l'église avec un grand nombre d'autres, et plusieurs tables d'autel fort anciennes, soutenues par de petites colonnes romanes, à larges chapiteaux.

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